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Vigne & Cuve

L’OIV : l’organisation intergouvernementale qui fixe les références de la filière

Créée en 1924 après une crise vinicole internationale, elle a quitté Paris pour Dijon un siècle plus tard.

Rangs de vigne palissés sur un coteau, piquet de bout de rang en bois usé

En 2024, un siècle exactement après sa création, l’Organisation internationale de la vigne et du vin a quitté Paris pour installer son siège à Dijon. Le déménagement a coïncidé avec le congrès mondial de la vigne et du vin, accueilli la même année dans la même ville.

Née d’une crise, en 1924

L’origine est conjoncturelle. L’organisation est créée en 1924 en réponse à une crise vinicole internationale : surproduction, effondrement des prix, concurrence des vins de provenance douteuse. Le besoin d’un lieu de coordination entre États producteurs précède donc largement les préoccupations de qualité qui structurent son travail aujourd’hui.

Elle est parfois surnommée « ONU du vin », formule journalistique commode mais inexacte : c’est une organisation intergouvernementale autonome, qui ne fait pas partie du système des Nations unies.

Ce que représentent ses États parties

Le périmètre est large sans être universel. Ses 51 États parties, producteurs et consommateurs de raisin et de vin, réunissent environ 75 % de la superficie du vignoble mondial, 87 % de la production de vin et 71 % de la consommation.

L’écart entre ces trois chiffres est instructif. La production est mieux couverte que la consommation, ce qui reflète une réalité du marché : plusieurs pays gros consommateurs ne sont pas de grands producteurs, et n’ont donc pas la même raison d’adhérer.

Couverture mondiale des 51 États parties
IndicateurPart mondiale
Superficie du vignobleenviron 75 %
Production de vinenviron 87 %
Consommation de vinenviron 71 %

Deux fonctions distinctes

La première est statistique. L’organisation publie les données de référence sur les surfaces plantées, la production et la consommation, y compris des estimations de production mondiale en cours de campagne. Ces chiffres sont ceux que reprennent la presse spécialisée et les analyses de marché, faute d’équivalent.

La seconde est normative, au sens des résolutions. Ce sont ces textes qui touchent directement au métier. La résolution OIV-ECO 492/2013, adoptée en juin 2013 par quarante-cinq États, décrit le champ d’activité de l’œnologue : production et transformation du raisin, production du vin, contrôle de la production, commercialisation et adaptation des produits au marché. Une résolution de 2016 a précisé les domaines que doivent couvrir les programmes de formation correspondants.

Pourquoi une définition internationale était nécessaire

Parce que le titre d’œnologue n’est protégé que dans une partie des pays producteurs. Là où aucune loi ne le réserve, la même fonction technique est exercée sous d’autres intitulés, par des personnes issues de cursus non équivalents.

Une définition adoptée par des États apporte alors ce que le droit national ne peut pas donner : une référence commune sur le contenu du métier, indépendante du statut juridique local. Elle ne crée ni titre commun, ni registre, ni obligation de déclaration — ce qui explique au passage qu’aucun décompte mondial des œnologues ne soit publié.

Un siècle d’élargissement

Le déplacement des missions est net sur cent ans. Une organisation née d’une crise de surproduction et de fraude s’est progressivement occupée de méthodes d’analyse, de pratiques œnologiques, d’étiquetage, de statistiques, puis de définitions professionnelles. Le fil conducteur est la comparabilité : rendre les chiffres, les méthodes et les qualifications lisibles d’un pays à l’autre.

Le transfert du siège de Paris à Dijon en 2024 s’inscrit dans cette logique institutionnelle plutôt que scientifique. Il n’a pas modifié le mandat, mais il a été accompagné d’une visibilité inhabituelle pour une organisation technique, le congrès mondial de la vigne et du vin étant accueilli la même année dans la même ville.

La portée réelle de ces textes

Une résolution n’a pas la force d’une loi. Elle engage les États qui l’adoptent à en tenir compte, sert de référence aux établissements qui construisent des formations, et fournit un langage commun dans les discussions bilatérales sur la reconnaissance des qualifications.

C’est peu et beaucoup à la fois. Peu, si l’on attend une harmonisation contraignante des professions. Beaucoup, si l’on considère qu’avant ces textes il n’existait aucun énoncé partagé de ce qu’un œnologue est censé savoir faire — et que la formation, dans un domaine aussi international que le vin, se juge largement à cette aune.

Questions fréquentes

L’OIV est-elle une agence des Nations unies ?

Non. C’est une organisation intergouvernementale autonome, parfois surnommée « ONU du vin » par commodité journalistique, mais elle ne fait pas partie du système onusien.

Quelle part du vignoble mondial couvre-t-elle ?

Ses 51 États parties réunissent environ 75 % du vignoble mondial, 87 % de la production et 71 % de la consommation de vin.

Pourquoi le siège a-t-il été transféré à Dijon ?

L’installation à Dijon en 2024, un siècle après la création de l’organisation, s’est faite à l’issue d’une candidature française portée avec le soutien des pouvoirs publics, en même temps que le congrès mondial de la vigne et du vin y était accueilli.